2026-05-22
Dans un monde où les jeux, les concours et les tirages au sort se multiplient, une question revient souvent dans les discussions de la communauté musulmane : participer à une tombola est-il halal ou haram ? Entre les kermesses d'école, les collectes de fonds pour la mosquée, les jeux organisés par des marques ou les grands lotos, il est parfois difficile de s'y retrouver. En tant que musulman soucieux d'aligner ses actes sur les préceptes de l'Islam, il est essentiel de démêler le licite de l'illicite. Cet article se propose d'éclairer cette question complexe avec nuance, en s'appuyant sur les sources islamiques et les avis des savants, pour vous permettre de prendre des décisions éclairées en toute sérénité.
Pour aborder la question de la tombola, il faut d'abord revenir à un interdit clair en Islam : le "Maysir", souvent traduit par jeu de hasard ou jeu d'argent. Le Coran est explicite à ce sujet :
"Ô les croyants ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu'une abomination, œuvre du Diable. Écartez-vous-en afin que vous réussissiez. Le Diable ne veut que jeter parmi vous, à travers le vin et le jeu de hasard, l'inimitié et la haine, et vous détourner du souvenir d'Allah et de la Ṣalāt. Allez-vous donc y mettre fin ?" (Sourate Al-Mâ'idah, versets 90-91)
Les savants s'accordent à dire que l'interdiction du "Maysir" couvre toute transaction où un bien (de l'argent, un objet) est acquis de manière aléatoire, en risquant une perte, sans effort ni contrepartie légitime (travail, échange commercial). Les éléments clés de l'interdiction sont :
C'est sur cette base solide que nous allons analyser la tombola.
Une tombola traditionnelle fonctionne sur un modèle simple : on achète un billet (ou un ticket) à un prix donné. En contrepartie, on obtient une chance, représentée par un numéro, de gagner un ou plusieurs lots. Le tirage au sort détermine le(s) gagnant(s) de manière totalement aléatoire.
La grande majorité des savants contemporains et des institutions de fiqh (comme le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche, ou l'Assemblée permanente des savants d'Arabie Saoudite) jugent ce type de tombola interdit. Leur raisonnement est le suivant :
Ce verdict s'applique que la tombola soit organisée par une école, une association caritative, ou une entreprise commerciale. L'intention, aussi noble soit-elle (financer un projet), ne change pas la nature de l'acte en lui-même selon cet avis majoritaire.
Certains savants, notamment dans le courant hanafite, ont historiquement fait une distinction basée sur la contrepartie immédiate. Si, en échange de son argent, le participant reçoit immédiatement un objet ou un service de valeur tangible et certaine (par exemple, acheter une boîte de chocolats où le ticket est offert avec), alors la transaction de vente est valide. Le ticket gratuit serait alors considéré comme un "cadeau" annexe à la vente, et le tirage au sort ne serait qu'un moyen de distribution d'un don supplémentaire. Cependant, même dans ce cas, la prudence est de mise et cet avis est minoritaire face à l'avis prévalent d'interdiction.
La situation change radicalement lorsqu'aucun argent n'est échangé pour participer. Par exemple :
Ici, la plupart des savants voient une permission, car l'élément central de l'interdiction – payer pour une chance – disparaît. Il s'agit alors d'un cadeau (Hadiyya) ou d'une distribution gratuite que l'organisateur fait selon le moyen de son choix (y compris le hasard). Participer à ce type d'action est généralement considéré comme licite.
C'est souvent le cœur du dilemme. L'argument est le suivant : "Si l'argent va à la mosquée, à une école islamique ou aux pauvres, comment pourrait-ce être mal ?". La sincérité de cette intention est indéniable et louable. Cependant, d'un point de vue juridique islamique, la fin ne justifie pas les moyens. Un acte dont la nature est prohibée (haram li-dhâtih) ne devient pas licite simplement parce que ses profits sont destinés à une bonne cause.
On ne peut purifier une richesse acquise par un moyen illicite en la donnant en charité. L'Islam encourage la générosité (Sadaqah) et le financement des bonnes œuvres, mais par des voies licites : dons directs, Waqf (fondation), commerce éthique, etc. Heureusement, la communauté regorge de créativité pour lever des fonds de manière halal : ventes de plats, de pâtisseries, événements sportifs avec participation, ventes aux enchères d'objets donnés, ou encore abonnements à des projets. Privilégier ces alternatives évite tout doute (shubuhât) et préserve la baraka des dons.
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Face à une sollicitation pour une tombola, voici une démarche pratique pour agir en conscience :
La question "tombola halal ou haram" nous invite à un examen profond de nos transactions et de notre rapport à l'argent, au hasard et à la communauté. Si l'avis majoritaire et le plus prudent penche vers l'interdiction des tombolas payantes, même pour une bonne cause, cette position vise à protéger le croyant des méfaits du jeu et à préserver l'intégrité de ses actes d'adoration et de générosité.
En tant que musulman, chercher la licéité dans tous les aspects de la vie, y compris les plus anodins, est une forme d'adorations. Cette quête de conformité (al-halâl) s'étend naturellement à notre mode de vie et à notre apparence. Tout comme nous veillons à nourrir notre corps de substances pures, nous choisissons d'habiller notre corps avec des vêtements qui allient élégance et pudeur, dans le respect de notre foi.
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